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L’INVENTION DU CAMOUFLAGE : VOIR SANS ÊTRE VU & SAUVER DES VIES

Dernière mise à jour : 14 juin



Contrairement aux idées reçues, le camouflage ne symbolise ni la guerre, ni la violence, bien au contraire, il a été créé pour sauver des vies, pour protéger les soldats trop exposés.

Le camouflage, dès sa création par le peintre/décorateur Louis Guingot, se trouve lié à l’art, les premiers camoufleurs sont tous des artistes partis sur le front pour camoufler les infrastructures militaires (camps et véhicules) et également pour créer des postes d'observation discrets afin de mieux anticiper les attaques de l'ennemi.

Les artistes cubistes, impressionnistes et futuristes manient l’art de la déstructuration des formes, et seront des acteurs clés de l’histoire du camouflage.



LA NAISSANCE DU CAMOUFLAGE

Août 1914. À l’heure de la mobilisation générale, l’état-major pensait que la guerre serait courte, faite de mouvements et d’offensives rapides. Dans l’optique d’une guerre brève, rien ne servait de modifier l’uniforme de l’infanterie française en 1914.

Comparé à celui des autres belligérants, il était l’un des plus inadaptés à la guerre moderne : la vareuse bleue, le pantalon rouge garance et le képi rouge, constituèrent une cible de choix pour les tireurs allemands déjà en Feldgrau.


Ces uniformes visibles, aux couleurs de la République française, furent partiellement responsables du nombre élevé des pertes dès les premiers jours, et prouvèrent malheureusement l’inconscience de l’état-major au début de la guerre.



Très peu de temps après le début des hostilités, Louis Guingot (peintre et créateur de décors de théâtre) imagina que les combattants pourraient se rendre invisibles aux yeux de l’ennemi en portant une tenue de camouflage de guerre dont les couleurs s’harmoniseraient avec celles de l’environnement.

Par souci humanitaire plus que militaire, Guingot demanda à son ami Eugène Corbin, de lui faire confectionner une veste toute simple, en toile, dans son atelier de couture des Magasins Réunis à Nancy.

La veste fournie, Guingot se proposa de barbouiller la toile brute suivant la technique issue de son travail de décorateur ; le barbouillage est une technique de peinture rapide et spontanée où l’on procède par taches éparpillées et par lignes épaisses.


Étudiant le mimétisme de son caméléon élevé en liberté dans son atelier, l’artiste choisit arbitrairement trois couleurs de base empruntées à la nature et au jardin :

Un vert pré : c’est la couleur dominante, résultant d’un mélange de plusieurs verts visibles dans la nature et suivant la saison : la couleur de l’herbe, des feuilles des légumes du potager et des arbres.

Un brun-rouge : il s’agit d’une couleur reprenant celle de la terre locale de Lorraine, une couleur que Louis Guingot voyait quotidiennement. Probablement, il s’est inspiré aussi des mousses de couleur brun-rouge accrochées aux murs de pierre et aux bordures des allées de jardin.

Un bleu sombre : appelé communément « le bleu Guingot », il s’agit d’un bleu particulier dont seul l’artiste connaissait le secret de fabrication et qu’il utilisait couramment dans ses décors de théâtre, pour souligner partiellement des ombres, des branches, des arbres...

La première veste de camouflage vient de naitre.


LA SECTION DE CAMOUFLAGE : LES ARTISTES EN PREMIÈRE LIGNE

La section camouflage créée en 1915, est constituée de 30 officiers et 7 hommes appartenant à l’état-major.

En 1916, son développement est tel que de nombreux artistes sont rappelés du front, mais aussi des menuisiers, des charpentiers, tôliers, mécaniciens et plâtriers.

Le recrutement des artistes est quant à lui très diversifié.

Des sculpteurs sont appelés comme Henri Bouchard, Charles Despieu, Paul Landowski, ou encore Max Blondat.

Des peintres et des illustrateurs sont aussi appelés, professionnels ou amateurs, et toutes les tendances sont acceptées : Charles Camoin, Charles Dufresne, Jacques Villon, Roger de La Fresnaye, Louis Malespina, Joseph Pinchon (le créateur de Bécassine), ou encore Émile Aubry font parti de l’équipe.



Les artistes cubistes maitrisent l’art de la déformation de la réalité. Ils sont donc particulièrement recherchés pour exécuter des travaux de camouflage. Leur science de la déconstruction des formes est appliquée à la peinture de l’artillerie, des véhicules, et des navires. Leurs compositions sont le résultat d’études réfléchies de l’objet.

Ils synthétisent la perception de l’objet en le représentant par des facettes, comme si l’objet était perçu au même instant de différents angles de vue.

Tandis qu’en réalité, l’œil voit l’objet d’un angle unique. La perspective disparaît, l’objet tridimensionnel apparaît aplati et discontinu.


Les réalisations du camouflage répondent aux principes visuels des artistes modernes.

Cubistes, décorateurs, sculpteurs et autres peintres parviennent à créer une symbiose, malgré leurs conceptions artistiques différentes.

Les diverses compétences sont mises en commun pour mettre au point des techniques novatrices. Tous doivent prendre en compte la nouvelle perception depuis les airs, entrainée par l’évolution de l’aviation et de l’observation aérienne.

La section camouflage ouvre un nouveau champ d’investigation à la création artistique.

Les artistes qui y participent se passionnent pour ces travaux et cherchent en permanence à perfectionner les techniques de dissimulation. Ils font preuve d’une étonnante imagination face à chaque problème rencontré.


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